Cette campagne présidentielle a été jugée comme étant de mauvaise qualité par une majorité de Français selon un sondage récent. Le principal argument avancé par les médias, pour justifier cette appréciation, est que les candidats ne parlent pas assez de leurs idées de fond. Je pense qu'eux même en sont les principaux responsables. Ils ne jouent pas le jeux de la confrontation journalistique avec les candidats. Ils se délectent d'histoires de coulisse, de politicailleries et cherchent le sensationnel en mettant ce qui peut apparaître comme sérieux, et donc barbant, de côté.
Ce phénomène existe déjà dans les pays anglo-saxons, et c'est ce qui a amené les candidats à investir plus sur leur image que sur leur programme. M. Sarkozy a compris cela, il s'est entouré de pléthore de conseillers en communication et en marketing politique. Vous lisez bien, marketing politique. En Angleterre, M. Blair est devenu très impopulaire, on sait que c'est en partie à cause de sa décision d'intervenir en Irak, mais c'est aussi parce qu'il s'est trop appuyé sur ses fameux conseillers en com, les "spin doctors". Les Britanniques ont désormais l'impression que ce sont eux qui gouvernent, et la conséqence directe d'un tel sentiment, c'est une érosion de la confiance dans les institutions et dans la politique.
La technique première du "spin doctor" averti est de faire dire au politicien ce que les gens veulent entendre. Il suffit de lire mon article précédent pour bien se rendre compte que notre ministre de l'intérieur adhère complètement à cette stratégie. On peut aussi faire référence au CNE, d'abord M. Sarkozy veut le prendre comme modèle pour son futur contrat unique, puis annonce un mois après, par son porte-parole de campagne, M. Bertrand, que finalement non. La raison? Sans doute trop proche du fameux CPE qui avait valu à M. De Villepin une descente vertigineuse dans les sondages.
Avez-vous remarqué comme le ministre de l'intérieur évite soigneusement de faire un bilan de son mandat qui dure depuis 5 ans. Il tente désespéremment de nous convaincre qu'il a, à lui seul, réussi à faire baisser la délinquance en France alors que tous les rapports officiels démontrent le contraire. Les chiffres qui ont baissé concernent les vols de voitures et les cambriolages. Ils sont d'ailleurs imputables à une amélioration des systèmes de sécurité et d'alarme. Par contre, les violences faites sur les personnes n'ont cessé d'augmenter.
M. Sarkozy ne parle plus d'insécurité, ce serait dommageable si l'on tient compte de son poste actuel.
Autre changement remarquable dans cette campagne, l'apparition du "lobbying". Il y a un groupe en particulier qui a retenu mon attention, le CRAN, le conseil représentatif des associations noires. Celui-ci entend bien faire entendre sa voix dans cette campagne et est à l'origine d'une première dans ce pays. En effet, il a commandé un sondage exprimant excusivement la voix des noires vivant en France. Le résultat de cette enquête est d'ailleurs révélateur en ce qui concerne les problèmes de discrimination que connait cette partie de la population.
12% d'entre eux déclarent être souvent confrontés à ces problèmes, 19% de temps en temps et 25% rarement.
61% ont le sentiment d'avoir vécu au moins une situation de discrimination raciale au cours des 12 derniers mois.
37% des Noirs interrogés affirment que les discriminations dont ils sont victimes se sont aggravées depuis un an.
37% citent une attitude dédaigneuse, méprisante ou irrespectueuse, 24% une agression verbale, une insulte ou des difficultés lors de l'achat ou de la location d'un logement.
23 % se pleignent des contrôles d'identité ou de police.
C'est là qu'est le véritable immobilisme. Force est de constater que les minorités "visibles" doivent avant tout compter sur elles-mêmes plutôt que sur les politiciens, si elles veulent que les choses changent dans le bon sens.
Pour ceux et celles qui veulent se forger une véritable opinion concernant les problèmes de discrimination, notamment en ce qui concerne l'emploi, je vous invite à regarder ce documentaire de Yasmina Benguigui sorti en 2006.